Record de récolte de céréales de 2011 mais pas suffisant pour renflouer les stocks mondiaux

Durant la même période, la consommation a augmenté de 90 Mt, atteignant ainsi les 2280 Mt. Même si durant 7 de ces 12 dernières années, la production est restée supérieure à la consommation, le très faible niveau des stocks entraîne un risque mondial de brutales hausses de prix des produits alimentaires.

Presque la moitié des calories consommées à l’échelle mondiale sont directement issues des céréales, l’alimentation animale comptant pour une partie des 50% restants. Trois céréales sont prédominantes dans le monde : le blé et le riz qui sont essentiellement consommés directement comme aliments, et le maïs qui est largement utilisé comme alimentation animale.

Jusque la moitié des années 1990, le blé était la céréale la plus cultivée dans le monde. La production de maïs s’est ensuite envolée en réponse à une demande croissante d’aliments pour animaux et, plus récemment, de bioéthanol. La production globale de maïs a atteint en 2011 le record absolu de 868 Mt, et ce malgré une diminution de l’importante récolte américaine. Cette baisse des récoltes était principalement due à des températures estivales élevées. Les récoltes de blé (869 Mt) et de riz (461 Mt) relevaient également du record.

Les stocks céréaliers de report, la quantité de céréales restant dans les silo-élévateurs du monde lorsque la nouvelle récolte débute, s’élève aujourd’hui à 469 Mt, assez pour couvrir 75 jours de consommation à la cadence actuelle.

Entre 1984 et 2001, la durée de consommation des stocks avoisinaient les 100 jours, ce qui était une période plus sécurisante. Cependant, en 2002 la demande en céréales a outrepassé la production de 88 Mt et, depuis lors, les stocks de report tournent autour des 72 jours de consommation, se rapprochant ainsi du seuil minimal de sécurité alimentaire. En 2006, les stocks de report ont dégringolé à 62 jours. Cette diminution considérable a entraîné la flambée des prix des produits alimentaires de 2007-2008, lorsque les prix mondiaux des céréales ont doublé ou triplé sur un très court laps de temps.

Cette envolée des prix a généré une vague de famine et de frustration générale dans les pays en voie de développement où 50% (ou plus) des revenus sont consacrés à la nourriture, composée principalement de céréales. Des manifestations ont éclaté dans quelques 35 pays tandis que le nombre de personnes souffrant de famine dans le monde a dépassé la barre des 1 milliard.

Malgré plusieurs récoltes abondantes, le niveau des stocks mondiaux a de nouveau été revu à la baisse en 2010 lorsque la sécheresse, les feux de forêt et une vague de chaleur caniculaire ont décimé les champs de blé en Russie et dans les pays voisins. Les exportations ont alors été interdites et les prix des denrées alimentaires ont recommencé à grimper, entraînant ainsi une deuxième crise en 3 ans.

Selon la Banque mondiale, c’est finalement l’augmentation des prix des produits alimentaires qui a eu lieu entre juin 2010 et décembre 2010 qui a relégué 44 millions de personnes supplémentaire au bas de l’échelle sociale, dans une extrême pauvreté. Les perspectives pour les plus pauvres restent sombres, alors même que la production record de 2011 n’a pas réussi à dépasser la consommation pour suffisamment renflouer les stocks.

Les céréales sont cultivées dans le monde entier sur une superficie de près de 700 millions d’hectares (1,7 milliard d’ares). La population mondiale ayant franchi le cap des 7 milliards en 2011, cela laisse 0,1 hectare (1/4 d’are) de céréales plantées par personne, la moitié de la quantité du début des années 1960.

Alors que la superficie totale de culture de céréales est inférieure au pic de 732 millions d’hectares de 1981 car certaines terres fatiguées par des cultures intensives sont laissées au repos, la production a augmenté de 50% grâce à des rendements améliorés. En 1950, les agriculteurs pouvaient s’attendre à récolter en moyenne 1 tonne de céréales par hectare. Aujourd’hui, les rendements sont trois fois plus élevés.

Le problème pour les perspectives alimentaires mondiales est que le proverbe « ne considérer que les fruits mûrs » a été mis en application étant donné que la plupart des agriculteurs du monde entier (sauf ceux d’Afrique sub-saharienne) ont déjà adopté des variétés de cultures à plus fort rendement ainsi que des engrais et des procédés d’irrigation qui le dopent tout autant. En outre, les rendements pourraient stagner ou même diminuer dans certains pays.

Les rendements mondiaux en céréales ont augmenté en moyenne de 2,2% entre 1970 et 1990. Mais, entre 1990 et 2010, les profits annuels n’atteignaient que la moitié de ces résultats.

Trois pays ont produit près de la moitié des céréales mondiales en 2011 : la Chine avec 456 Mt, les Etats-Unis avec 384 Mt et 226 Mt pour l’Inde. Ensemble, les 27 pays de l’Union européenne ont récolté 286 Mt de céréales.

Un nombre croissant de pays comptent sur les importations de céréales pour subsister, poussant la part de récolte mondiale de céréales entrant dans le commerce international à 12%. Les Etats-Unis sont de loin les plus grands exportateurs de céréales : leurs exportations s’élevaient à 73 Mt en 2011. Cela représente 25% du commerce mondial de céréales. Ils sont suivis par l’Argentine qui exporte 32 Mt de céréales, de l’Australie et de l’Ukraine qui exportent chacune 24 Mt ainsi que de la Russie et du Canada dont les exportations dépassent les 20 Mt.

Pour le maïs en particulier, les Etats-Unis dominent le marché international. Le maïs américain représente en effet 40% du marché. C’est la raison pour laquelle les pays importateurs sont inquiets concernant la part croissante du maïs américain (40% en 2011) transformée en biocarburant.

La Chine reste le plus grand importateur de céréales, elle en a acheté plus de 25 Mt à l’étranger en 2011, dont la majorité était destinée à l’alimentation animale. L’Egypte, le Mexique, la Corée du sud et l’Arabie saoudite ont rejoint la liste des pays qui importent plus de 10 Mt de céréales. La dépendance au marché international de céréales est forte au Moyen-Orient. L’Arabie saoudite, par exemple, compte sur l’importation de 90% de sa consommation en céréales.

Alors que le pays a pratiquement entièrement asséché ses nappes phréatiques, il renonce à cultiver le blé dans le désert.

La Chine a importé précisément 5 Mt de céréales en 2011, quantité la plus importante depuis que le pays a lancé une politique nationale d’autosuffisance céréalière au milieu des années 1990. Bien que cela ne représente qu’une infime fraction des 451 Mt de consommation du pays, la possibilité pour la Chine d’importer des quantités croissantes de céréales constitue une véritable inquiétude pour les spéculateurs des marchés et prix céréaliers.

Les importations chinoises seraient bien plus élevées si le pays n’avait pas augmenté graduellement sa production d’un autre produit phare : la graine de soja. Partant de presque rien au milieu des années 1990, les importations de soja chinois ont atteint les 56 Mt en 2011. Ce chiffre représente près de 80% de la consommation totale du pays et environ 60% de tout le marché du soja. Le soja, dont la teneur en protéine est forte, est principalement utilisé pour nourrir le bétail et les volailles.

Alors que de plus en plus de Chinois remontent la chaîne alimentaire et consomment plus de viande, de lait et d’œufs, la quantité de céréales destinées à l’alimentation animale a augmenté dramatiquement, dépassant pour la première en 2010 les chiffres des Etats-Unis (qui sont en diminution). La Chine est aujourd’hui en tête de liste en termes d’alimentation animale avec 149 Mt en 2011. Toujours est-il qu’étant donné que la consommation de viande moyenne en Chine représente moins de la moitié de la consommation américaine, la consommation chinoise totale de céréales par personne est bien plus basse.

Etant donné la faible superficie de terres arables non cultivées dans le monde et le nombre toujours croissant de bouches à nourrir, les agriculteurs sont confrontés à une escalade difficile dans leurs efforts pour satisfaire la demande. La protéine animale et les systèmes de production du biocarburant basés sur la nourriture sont deux domaines qui pourraient être révisés afin que la culture de céréales soient directement destinées à l’alimentation humaine plutôt qu’au bétail ou aux voitures.

Cependant, alors que les pénuries d’eau se répandent et que le réchauffement climatique entraîne des conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles – vagues de chaleur, sécheresses, inondations et autres aléas climatiques endommageant les récoltes –, le niveau des stocks doit être plus élevé afin de réduire les conséquences négatives des mauvaises récoltes. S’il en est autrement, des récoltes record année après année seront la condition sine qua non afin d’éviter une flambée des prix des denrées alimentaires, ce qui est loin d’être si simple…

(FIN/IPS/2011)

*Cet article a été publié initialement en anglais sur le site du Earth Policy Institute. Informations supplémentaires sur www.earth-policy.org.