Quel avenir pour le Conseil de l’Arctique ?

On craint que ce ne soit le début du XXIe siècle de la « course à l’Arctique », mais plutôt que de soutenir les revendications territoriales, les pays n’appartenant pas à la région arctique veulent en élargir l’influence sur les plans économique et politique. La Chine possède déjà un centre de recherche en Norvège et supervise la construction d’un brise-lame de 8.000 tonnes.

Le Canada a l’opportunité de devenir une puissance influente dans la zone arctique et de s’assurer que cette région riche en ressources, quoique fragile, ne devienne pas un « Far West » dans lequel on bafouerait les opinions des indigènes et résidents de longue date, déclare Tony Penikett, ancien Premier ministre du Yukon, un des trois territoires arctiques du Canada.

En 2013, le Canada présidera le Conseil de l'Arctique, un forum gouvernemental hautement influent, initialement créé dans le but de promouvoir la coopération internationale dans le Grand Nord. Ce Conseil traite de questions essentielles telles que l’adhésion permanente, l’augmentation du trafic maritime transarctique, l’extraction de ressources et la protection environnementale de cette région fragile qui a déjà été fortement affectée par les changements climatiques.

Le Conseil est l’une des seules instances internationales qui regroupe six groupes indigènes de la zone arctique comme membres permanents ainsi que huit pays « riverains » de l’Arctique : Canada, Russie, États-Unis, Norvège, Finlande, Suède, Islande et Danemark (Groenland). Cependant, seuls ces pays ont un droit de vote.

À l’heure actuelle, on distingue également six pays qui bénéficient du statut d’observateur permanent : le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Pologne et les Pays-Bas.

Les désaccords entre les pays de la région arctique sont rares et le Conseil constitue une importante plateforme de négociations. La Russie et la Norvège ont ainsi conclu un accord sur la délimitation de leur frontière maritime en mer de Barents et d’autres désaccords territoriaux tels que celui qui opposait la Russie, le Danemark et le Canada concernant leurs droits respectifs sur la crête de Lomonossov, ont été réglés par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS).

« Cependant, le Conseil peine à résoudre la question de l’adhésion potentielle d’autres pays n’appartenant pas à la région arctique », a confié Tony Penikett à l'agence IPS. Les pays de l’Union européenne, d’autres nations européennes, le Japon et la Corée du Sud ont exprimé le souhait d’obtenir également le statut d’observateur. « Le Conseil doit-il donner un rôle plus important à d’autres pays ou doit-il demeurer un club exclusif pour rester efficace ? », s'interroge-t-il.

La Russie et le Canada sont fermement opposés à l’adhésion de nouveaux membres. Les groupes indigènes partagent la même opinion, craignant que leur influence au sein du Conseil ne s’en trouve atténuée, explique Penikett qui sera un des intervenants principaux de la deuxième Conférence annuelle de Monk-Gordon sur la sécurité de l’Arctique, un événement qui a lieu cette semaine à l’Université de Toronto.

Le thème de la conférence est « Le Conseil de l’Arctique : son rôle dans l’avenir de la gouvernance de l’Arctique ». Des hommes politiques ainsi que des académiciens de tous les Etats circumpolaires y assisteront.

Selon Michael Byers, professeur de politique et de droit international à l’Université de Colombie-Britannique, « l’élargissement du Conseil lui conférerait une plus grande influence sur la scène internationale ».

Comme il l’a déclaré lors d’une interview : « Un plus grand nombre de membres, et donc une plus grande influence, pourrait attirer l’attention du monde entier sur cette région ». Il ajoute « qu’exclure d’autres pays qui ont des intérêts légitimes ne ferait qu’attiser les tensions ».

L’été dernier, le géant pétrolier russe baptisé Vladimir Tikhonov est devenu le premier superpétrolier à avoir navigué dans le Passage du Nord-Est, long de 5.500 kilomètres. Également connu sous le nom de la Route maritime russe du Nord, ce passage relie l’Europe et l’Asie de manière bien plus directe (des milliers de kilomètres de moins) que le canal de Panama.

Les eaux arctiques resteront extrêmement dangereuses pendant longtemps. Le mois dernier, une énorme plateforme pétrolière russe a coulé lors d’une tempête, entraînant la mort de 53 membres d’équipage. Le bâtiment a heureusement été remorqué jusqu’au port sans que le pétrole se déverse dans l’océan.

Sara French, chercheuse pour la sécurité de l’Arctique de la Fondation Walter et Duncan Gordon, une ONG dont les activités sont focalisées sur les eaux arctiques, a expliqué à IPS que, bien que le Conseil de l’Arctique ait été le précurseur de nouvelles recherches circumpolaires et d’un accord de coopération de sauvetage, il a négligé d’établir une marche à suivre en cas de fuites de pétrole et il n’a même pas examiné les normes de sécurité environnementales concernant l’extraction pétrolière et gazière. Elle ajoute qu’une étude préliminaire sur les fuites de pétrole a tout de même été menée, mais que rien n’a été fait en ce qui concerne les normes de sécurité pour la prospection dans la région arctique.

« Le Conseil circumpolaire inuit a soulevé ce problème et il ne veut pas d’un ensemble de règles habituelles pour la protection de l’environnement », a-t-elle déclaré.

En qualité de président, le Canada pourrait user de son influence sur ces questions, et ce notamment en renforçant le crédit des indigènes, a-t-elle argué.

« Le Canada pourrait être un véritable dirigeant, mais cela ne sera pas le cas durant le gouvernement Harper », prédit Byers. « Le réchauffement climatique et ses conséquences sont le problème primordial en Arctique », rappelle-t-il.

Sous le gouvernement Harper, le Canada s'est comporté comme un « État voyou » lors des sommets internationaux sur le climat comme en témoigne notamment son rejet du protocole de Kyoto, traité international dont l’objectif est de réduire les émissions de dioxyde de carbone qui sont à l’origine du réchauffement climatique. En outre, au lieu de réduire ses émissions de 6 %, comme le prévoyait le protocole, le Canada a atteint les 24 % d’émissions. Le mois dernier, comme le rapportait IPS, le gouvernement Harper se retirait de Kyoto.

« La position du Canada sur la question des changements climatiques est perçue comme étant rétrograde. Dans ces conditions, il n’est pas chose aisée de faire de ce pays un dirigeant efficace du Conseil », a déclaré Byers. Le professeur reconnaît que le fait de présider le Conseil pourrait être une opportunité pour le Canada. « Cependant, je crains que le gouvernement actuel ne gâche cette chance », conclut-il.

(FIN/IPS/2012)