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Les femmes dénoncent un rituel secret de mutilations sexuelles
Son amie, Sakina Haider, se rappelle « sêtre débattue » avant de céder. « Ma grand-mère mavait dit quon memmenait chez le médecin pour quil traite les picotements dus au savon quand je prenais mon bain ! »
Les deux femmes ont refusé que leurs filles subissent lexcision, ou mutilation génitale féminine (MGF), une pratique qui constituait le secret le mieux gardé des Dawoodi Bohras jusquà ce que de jeunes femmes de la communauté sinsurgent il y a quelques années.
Les Bohras, une branche des Chiites Ismaéliens bohras, sont une communauté unie dont la majorité des membres résident en Inde et au Pakistan. Leur nombre est estimé à deux millions à travers le monde.
On pouvait lire dans un article publié le 12 décembre dernier dans le célèbre hebdomadaire indien « Outlook » que « le Khatna (lexcision) est une tradition des Bohras qui remonte à leurs origines (nord) africaines. Ils continuent à la pratiquer parce quil la considère comme un acte de foi ».
Larticle se poursuit ainsi : « la plupart des hommes et des femmes de cette communauté, même à lheure actuelle, préfèrent garder cette pratique secrète plutôt que de devoir justifier leurs agissements. En effet, lexcision est à présent reconnue à léchelle internationale comme étant une violation flagrante du corps féminin ».
LOrganisation mondiale de la Santé (OMS) définit les mutilations sexuelles féminines comme « des interventions qui altèrent ou lèsent intentionnellement les organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales ». Ces mutilations, tel quelles sont pratiquées dans certains pays africains, impliquent une ablation totale des organes génitaux externes de la femme.
On a toujours recours à cette pratique dans 28 pays africains, ainsi que dans certains pays du Moyen-Orient, à des degrés différents de lésion ou de mutilation.
Cette intervention est prohibée dans les pays africains suivants : le Burkina Faso, la République centrafricaine, le Djibouti, la République dÉrythrée, lÉthiopie, le Togo, lOuganda, le Kenya et lÉgypte.
La communauté des Bohras insiste sur le fait que cette intervention nest pas dangereuse étant donné quelle est pratiquée avec précaution et modération. Beaucoup estiment quil sagit dun moyen de juguler la libido des femmes et donc de préserver leur chasteté.
Haider trouve cet argument « très discutable » et voit en ces méthodes une manière de contrôler les femmes.
Le Dr Nighat Shah, ex-présidente de la Société des obstétriciens et gynécologues du Pakistan, estime quil est difficile de considérer cette communauté comme étant « progressiste et civilisée » aussi longtemps que les Bohras ne changeront pas de cap à ce sujet.
« Médicalement parlant, une petite incision (du clitoris) ne peut pas empêcher une grossesse, mais peut priver la femme de plaisir sexuel. Cest un tissu très sensible », explique-t-elle.
Une autre gynécologue et obstétricienne, le Dr. Shershah Syed, trouve quil ny a aucune raison médicale valable de soutenir lexcision féminine. « Je ne suis pas une spécialiste en religion, mais jestime que si une communauté croit quil sagit là dune injonction islamiste, il serait indispensable que les filles soient assez âgées pour comprendre les motivations de cette pratique afin quelles puissent prendre une décision en toute connaissance de cause ».
« Pourquoi les pulsions sexuelles féminines devraient-elles être réfrénées ? », s'interroge Haider. « Les femmes qui ne sont pas circoncises n'ont pas nécessairement des murs légères ! », souligne-t-elle.
Tasleem, jeune Indienne appartenant à cette communauté musulmane, a aujourdhui trouvé le courage de lancer une pétition en ligne en priant le chef de sa communauté, le Dr Syedna Mohammad Burhanuddin, de mettre fin à « ce rituel cruel, inhumain et antidémocratique ».
La pétition, adressée au prélat vieux de 96 ans qui se situe dans la ville de Mumbai, à louest de lInde, stipule qu« un rituel aussi barbare na pas sa place dans une communauté progressiste telle que celle des Bohras. Nous prions donc Sa Sainteté de mettre un terme à ce rituel misogyne ». Mustansir et Haider font partie de cette minorité de femmes de la communauté qui refusent cette pratique. La plupart font toujours exciser leurs filles, simplement sur injonction du chef.
« Jai une confiance aveugle en mon guide. Je crois que sil insiste tant, il doit y avoir du bon dans cette intervention », a déclaré Zahabia Mohammad, 38 ans, mère de trois filles excisées.
Elle a reconnu que sa propre expérience avait été « choquante » et « barbare », mais elle justifie le maintien de ce procédé par le fait qu« aujourdhui les médecins pratiquent cette intervention de manière très sûre ».
Elle était présente lors des excisions de ses trois filles. « Cela prend moins de cinq minutes et lintervention se déroule sous anesthésie locale. En une petite minute, le clitoris est incisé », explique-t-elle.
Elle reconnaît quelle na eu que très peu dinformations sur ce rituel. Elle ne savait que ce que sa tante lui en avait dit : « le capuchon clitoridien est source de bactéries et lexcision est donc dans lintérêt des femmes ».
Elle a également reconnu quaujourdhui, étant donné la pléthore de mises en garde contre cette pratique, il est impératif de fournir à la communauté les informations nécessaires afin que les filles concernées puissent faire des choix éclairés.
« Tout le monde nacceptera pas cela aveuglément : pas les filles de la prochaine génération. Elles remettront cette pratique en question et se rebelleront, cest donc important de les préparer », a-t-elle déclaré à propos de ce rituel soigneusement dissimulé aux hommes de la secte.
Tasleem a confié à la revue Outlook que les mutilations génitales féminines sont pratiquées dans toutes les couches de la société des Bohras. « Je dirais que 90 % des membres y ont recours ».
Arwa Mohammad, la vingtaine, a signé la pétition parce quelle considère les mutilations comme « archaïques et absurdes ». Elle a été circoncise à lâge de sept ans par lami médecin de sa grand-mère.
Mariée il y a un an, Mohammad « na pas été traumatisée » par son excision, mais elle na tout de même pas compris pourquoi elle devait subir cette intervention. « Jai des amies qui ont été excisées comme moi, mais qui ont une libido exacerbée ». De son côté, elle a confié être « frigide ».
« Lidée de mutiler une petite fille me donne la chair de poule », a confié Amena Ali, 37 ans, non excisée. Elle refuse de faire exciser ses deux petites filles. Âgées de six et huit ans, elles sont en effet en âge de lêtre.
La pétition, lancée sur Internet en octobre 2011, est accompagnée dun forum de discussions destiné aux partisans et aux opposants à cette pratique. Cest la toute première fois au sein de la communauté que lon peut aborder ce sujet tabou.
« Initialement, seules les personnes nappartenant pas à la communauté des Bohras signaient cette pétition, mais dès que les médias ont relayé linformation, beaucoup de femmes de la communauté ont commencé à parler ouvertement de leur expérience douloureuse », a confié Tasleem à lagence IPS, dans un courriel depuis lInde.
Jusquà présent, Tasleem a réussi à récolter 1.059 signatures. « Je vais continuer dans ce sens jusquà ce que le Dr Syedna prohibe cette intervention. La conscientisation de la population est le premier pas vers une résolution du problème ».
« Seul le temps nous dira si ce rituel sera aboli grâce à cette pétition », affirme Zainab Hussain, 49 ans. Cependant, elle sent que la pétition va faire bouger les choses. « Ils (les dirigeants de la communauté) pourraient éventuellement être amenés à rompre le silence et à donner une réponse plausible aux questions que posent les opposants à cette pratique ».
(FIN/IPS/2012)





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