Les candidats laïques ont les meilleures chances pour les élections en Irak

Pour la première fois depuis le début de la guerre, les candidats irakiens

laïques peuvent faire la différence. Les deux précédentes élections

irakiennes ont été dominées par des groupes sectaires et religieux.

Aujourd’hui, Washington espère qu'une forte représentation laïque et

nationaliste prendra forme en Irak comme un rempart contre l'influence

iranienne.

"Les élections provinciales de l'an dernier avaient déjà montré une forte

augmentation des sentiments nationalistes ainsi qu’une forte opposition à

l’égard des partis religieux et sectaires", rappelle Raed Jarrar,

spécialiste de l'Irak pour l’association citoyenne américaine Peace Action.

La plus importante coalition laïque du pays s’appelle Iraqiya un mouvement

dirigé par l'ancien Premier ministre Ayad Allaoui. Allaoui, qui appartient à

la majorité chiite, a réussi à transcender les frontières sectaires pour

attirer les plus influents politiciens sunnites, dont le vice-président

Tariq Hashemi. Iraqiya est connu pour son opposition face à l'influence de

l'Iran et au sectarisme.

Trois prétendants

Iraqiya est l'un des trois principaux prétendants à la majorité d’après les

sondages. Les deux autres grandes coalitions sont d’une part l’Alliance

Nationale Irakienne (INA) du Premier ministre Nouri Maliki qui est dominé

par le Conseil suprême islamique d'Irak ainsi que le groupe de Moqtada Sadr.

Aujourd’hui, Iraqiya pourrait non seulement devenir un élément important

dans le nouveau gouvernement et dans le nouveau parlement, mais le mouvement

laïque pourra également sortir comme le grand gagnant des élections

législatives.

"Iraqiya a bien joué sur un thème particulièrement important pour le peuple

irakien: la laïcité plutôt que le sectarisme, la technocratie plutôt que le

favoritisme, l'intégrité au lieu de la corruption et le nationalisme plutôt

que le sectarisme", résume le spécialiste du Moyen-Orient Kenneth M.

Pollack, directeur du Saban Center for Middle East Policy au sein de la

Brookings Institute à Washington. "Si les Irakiens expriment leur colère

face à la faiblesse des dirigeants politiques, comme le démontrent les

sondages d’opinions, Iraqiya deviendra sans doute le vainqueur du scrutin."

Pas de classe moyenne forte

Depuis la création de l'Etat irakien moderne dans les années 1920, le pays a

toujours été dominé par des partis laïques. L'invasion en 2003, dirigée par

les Américains, avait mis un terme à cette domination au profit des partis

religieux et sectaires. "Je pense que l'Irak va maintenant revenir à la

laïcité traditionnelle", a déclaré Adnan Pachachi, ancien ministre irakien

des Affaires étrangères et actuellement membre sunnite de la coalition

Iraqiya.

Les politiciens laïques sont particulièrement populaires dans le centre

sunnite du pays et à l'ouest en plus de la capitale Bagdad. Les électeurs

sunnites semblent aujourd’hui en avoir assez de l'atmosphère sectaire qui

les a marginalisées dans le pays.

Dans le sud chiite du pays, les politiciens laïques auront plus de

difficultés contre les partis religieux mieux organisés. Des décennies de

guerre et des sanctions ont influé sur la base des électeurs laïques. "Les

partis laïques dépendent fortement d'une classe moyenne forte, mais le

ralentissement économique, en particulier à Bagdad et à Bassorah, porte

préjudice aux candidats comme M. Allaoui", estime le célèbre spécialiste de

l'Irak Juan Cole, professeur d'histoire à l'Université du Michigan. Selon le

professeur Cole, "les partis laïques n’ont pas beaucoup de chances de

remporter cette élection".

Même si Iraqiya gagne, on se dirige vers des négociations difficiles pour

former un gouvernement. Il n'est pas clair si les deux autres grandes

coalitions sont disposées à gouverner avec M. Allaoui. Leurs relations avec

l'ex-Premier ministre et certains de ses partisans sont très tendues.

(FIN/IPS/2010)