Les Arabes face à l'interdiction du tabac

"Je n'abandonnerai jamais mes Cléopâtre", déclare un charpentier égyptien

portant le nom de Mohamed Helmy. Son paquet de cigarettes Cléopâtre lui a

coûté seulement 35 centimes, soit moins cher que n'importe où sur Terre. Il

est difficile pour l’instant d'imaginer à quoi ressemblerait un pays arabe

sans cette chaîne de conducteurs de taxi qui fument sans arrêt, ces maisons

de thé enfumées et ce brouillard de fumée blanche omniprésent. En Syrie, la

moitié des hommes fume tandis qu’au Yémen la proportion monte jusqu’au trois

quart.

Convention

Depuis quelque temps, plusieurs gouvernements de pays arabes sont devenus

membres de la Convention internationale de lutte antitabac de l'Organisation

mondiale de la santé (OMS). Cette adhésion a déjà abouti dans certains pays

à l’instauration d’une interdiction de la publicité pour le tabac, une

interdiction de la vente aux mineurs et à des signes d'avertissements sur

les paquets de cigarettes égyptiens et jordaniens.

Aujourd’hui, c’est le Moyen-Orient qui enchaîne sur l'interdiction de fumer.

Mais les observateurs se demandent si les populations arabes vont vraiment

se conformer à cet interdit. "En Syrie, il est déjà interdit de fumer dans

les hôpitaux et les édifices gouvernementaux, mais la loi est régulièrement

bafouée", précise Fouad M. Fouad du Centre syrien pour les études sur le

tabac. "Les propriétaires de restaurant sont aussi sceptiques quant à

l’application de la loi. Une partie de leur profit provient de la

consommation du narguilé ou chicha".

Social

"La cigarette, c'est un signe de maturité pour les garçons. Même les

enseignants et les médecins fument ici. Et aujourd'hui de plus en plus de

femmes aussi. Le narguilé ou la chicha est un événement social avec des

saveurs délicieuses. Vous n’en sortez presque jamais et pas seulement parce

que c’est si bon marché".

Les gouvernements arabes veulent-ils vraiment instaurer l’interdiction du

tabac, la question mérite certainement d’être posée. Dans de nombreux pays,

de grandes marques de cigarettes appartiennent à l’Etat. C’est ainsi qu’ils

remplissent les caisses, selon le charpentier Helmy. "Et après ils me disent

que je ne devrais pas fumer. C’est de la pure hypocrisie », conclut-il.

(FIN/IPS/2010)