Le Pakistan refuse d’extrader les dirigeants talibans

Un tribunal provincial du Pendjab a interdit vendredi dernier l'extradition

par le Pakistan des leaders talibans jusqu'à ce qu'une décision de justice

se prononce sur les droits des prisonniers. Il est peu probable que le

gouvernement pakistanais aille en appel de ce jugement.

Ce refus d’extradition affaiblit également le partenariat de coopération des

États-Unis avec le Pakistan dans leur lutte contre les talibans. Pour les

responsables américains, les intentions de l'armée pakistanaise sont assez

claires : elle veut garder les prisonniers talibans dans le but d’influer

rapidement sur le résultat final des négociations en Afghanistan.

La détention de Baradar et d'autres chefs talibans au Pakistan semble

désormais être un refuge plus sûr pour les insurgés afghans. Certains

Américains s’attendent déjà à ce que les Pakistanais autorisent aux leaders

talibans d’avoir des liaisons avec d'autres dirigeants talibans en liberté.

Semaine déterminante

Après l'arrestation de Baradar, le Pakistan a refusé d’accorder une

autorisation spéciale à la CIA pour participer à l’interrogatoire, a

rapporté le journal américain New York Times du 18 février dernier. Cela

ferait déjà deux semaines que la CIA n’a pas eu accès au prisonnier Baradar,

rapporte le Los Angeles Times.

Le refus pakistanais aurait frustré les services de renseignements

américains. L’agence de renseignement voudrait particulièrement interroger

Baradar sur les opérations militaires et les finances du mouvement des

talibans. Mais pendant ces deux semaines déterminantes, cela n’aurait pas

été possible. Durant la même période, la CIA a demandé au gouvernement

pakistanais d'extrader Baradar vers un centre de détention américain situé

sur la base aérienne de Bagram en Afghanistan, un endroit où l'armée

américaine aurait pu interroger le chef militaire taliban.

Le ministre pakistanais de l'Intérieur, Rahman Malik, a toutefois refusé de

19 février dernier. Baradar et deux autres hauts dirigeants talibans ne

peuvent pas être extradés vers les Etats-Unis, a précisé le ministre.

Baradar serait en cours d’interrogatoire chez les Pakistanais afin de savoir

s'il a violé le droit pakistanais. Mais même si ce n'est pas le cas, a

indiqué le ministre Malik, Baradar serait renvoyé dans son pays d'origine et

non aux États-Unis.

Accord

Le gouvernement du Président américain Barack Obama a tenté de faire

pression sur le Pakistan pour qu’il extrade les dirigeants talibans vers

l'Afghanistan. Le directeur du FBI Robert Mueller a déclaré mercredi dernier

qu’il a accompagné le ministre afghan de l'Intérieur Hanif Atmar pour

discuter, en secret, de cette possibilité avec le ministre pakistanais

Malik, a rapporté le journal Christian Science Monitor.

Malgré une déclaration du gouvernement afghan précisant que Malik aurait

consenti à l'extradition vers l'Afghanistan, l’intéressé a refusé de

confirmer la nouvelle jeudi dernier. Le ministre pakistanais a rappelé qu’il

aurait seulement promis que son gouvernement « examinera sérieusement » une

telle demande formelle émanant du gouvernement afghan.

Le Pakistan et l'Afghanistan vont devoir négocier un accord sur le retour

des prisonniers mais des "mécanismes" pour ce retour doivent encore être

précisés.

Vendredi dernier, un jugement rendu par un tribunal provincial dans la

province pakistanaise du Penjab a visiblement mis un terme à cette

possibilité d'extradition. Le tribunal a interdit au Pakistan l'extradition

des dirigeants talibans vers n’importe quel pays jusqu'à ce qu'une décision

de justice se prononce sur les droits de la défense.

Théoriquement, le gouvernement pakistanais peut encore interjeter appel

contre ce verdict mais des responsables à Islamabad ont déclaré à la chaîne

de télévision CBS News qu'ils n’avaient pas en ce moment l’intention

d’entamer une telle procédure.

(FIN/IPS/2010)