Le boom de la sécurité privée en Afrique du Sud

"S'il vous plaît, venez ! Nous avons dépensé beaucoup d’argent pour garantir

votre sécurité." À quelques semaines de la Coupe du Monde du football, il

faudra plus de persuasion à Maite Nkoana-Mashane, la chef de la diplomatie

sud-africaine, pour inverser des prévisions alarmistes. Selon les dernières

estimations, seuls 300 000 supporters étrangers seraient prêts à faire le

déplacement en Afrique du Sud contre 450 000 initialement espérés. Cause

principale : les craintes suscitées par l’un des taux de criminalité les

plus forts au monde, et aggravées par les récentes tensions raciales. Une

aubaine pour les sociétés de sécurité privée, dont l’Afrique du Sud est

devenue le nouvel eldorado, après l’Irak.

Jouant sur des peurs compréhensibles et un danger réel, mais surévalué, des

dizaines de sociétés de sécurité privées se placent et ouvrent des bureaux

en Afrique du Sud le temps du Mondial. Avant de repartir vers des marchés

plus porteurs sur le long terme, comme Haïti et l’Afghanistan. Avec un

marché local déjà très porteur les Sud-africains sont les pionniers de la

privatisation de la guerre et les fondateurs du système des sociétés

militaires privées, comme Executive Outcomes, fort de quelque 420 000 agents

de sécurité déployés sur tout le territoire. Les spécialistes du secteur

estiment qu’environ 50 000 officiers supplémentaires devraient affluer.

"Beaucoup sont d’anciens flics ou des mercenaires, souvent croates et

serbes, surtout employés comme gardes du corps pour des personnalités",

assure Charles Pellegrini, consultant en analyse de risques.

Mille cinq cents dollars par jour

Et l’ancien membre de la cellule anti-terroriste de l’Élysée de préciser :

"La plupart sont sous contrat offshore avec des sociétés étrangères, en

général payés 6 000 à 7 000 dollars par mois." Mais la raréfaction des

compétences sur le marché, conjuguée à l’approche du coup d’envoi du

Mondial, ont entraîné une flambée des prix : pour les services d’un

bodyguard il fallait débourser 500 $ par jour début mars contre 1 500

dollars fin avril. Et la demande ne faiblit pas.

La plupart de ces sociétés de sécurité privées sont anglo-saxonnes, souvent

britanniques, ou israéliennes, l’État hébreu jouissant d’une excellente

réputation et de solides réseaux, héritages d’une coopération militaire

étroite du temps de l’apartheid. "Les sociétés européennes n’ont pas

vraiment réussi à s’imposer, remarque Philippe Chapleau, journaliste et

auteur d’ouvrages sur ce mercenariat des temps modernes. Le marché sud-

africain est aujourd’hui saturé, d’autant plus que les autorités locales ont

mis en place un plan de recrutement de 41 000 policiers supplémentaires et

déployé des unités spéciales de l’armée. Ces dernières ont souvent été

entraînées pour l’occasion par des sociétés militaires privées, qui ont

étendu leurs prestations à la protection rapprochée pendant l’évènement."

Sécurité pour les touristes

Tous les observateurs s’accordent sur un point : la Coupe du Monde 2010 sera

un vrai bunker à ciel ouvert, et les risques de débordement seront très

faibles. Reste qu’avec une moyenne de 50 meurtres et quelque 240 000 vols

quotidiens, les menaces pour les touristes étrangers sont bien réelles. Si

90 % d’entre eux se rendront sur place via des tours operators, qui ont

inclus la sécurité même de façon tacite dans leurs prestations, pour tous le

vrai danger se situe après les matchs, "soit lors des longs déplacements

entre les stades et les lieux d’hébergement, ou lorsque les supporters

voudront aller fêter la victoire de leur équipe dans les townships bordant

les stades, notamment au Cap", prédit Philippe Chapleau. Là encore, le

business de la sécurité n'a peur de rien : pour 48 €, une société

britannique commercialise sur internet un gilet pare-balles aux couleurs de

votre équipe de foot favorite.

(FIN/Infosud/IPS/2010)