Israël serre la vis contre les opposants au mur

Ainsi Abdallah Abu Rahme, le coordinateur de renommée internationale du comité populaire de Bilin, a été arrêté en décembre 2009 et doit répondre devant une juridiction pour avoir jeté des pierres, possession illégale d'armes et incitation à l'émeute. Les deux dernières accusations provoquent l’hilarité pour ceux qui connaissent le fond de l'affaire.

Abdallah Abu Rahme avait fait une installation ayant la forme d'un grand poignard de la paix fabriqués à partir de grenades lacrymogènes et des balles en caoutchouc utilisées par des soldats israéliens. L'installation se voulait être un réquisitoire contre l'approche dure des autorités israéliennes envers les manifestants non armés qui organisaient des actions contre le mur ayant fortement affecté la vie des habitants de Bilin.

Bilin est un village situé en Cisjordanie, près de Ramallah. Le village est devenu un symbole de résistance contre le mur controversé qu'Israël a fait construire pour empêcher des actions terroristes palestiniennes. Depuis l'érection de ce « mur de la honte », il y a à Bilin chaque semaine une manifestation organisée souvent avec le soutien des militants étrangers. Suite à une plainte juridique du village de Bilin devant la Cour suprême israélienne, un arrêt a statué en 2007 que le tracé du mur près de Bilin devait être modifié. Mais jusqu'à ce jour, les autorités israéliennes n'ont encore pris aucune action pour se conformer à l'arrêt.

Abu Rahme a reçu le soutien des lauréats du Prix Nobel de la Paix comme le Sud-Africain Desmond Tutu et l'ancien président américain Jimmy Carter, et l'ancienne présidente irlandaise Mary Robinson. Il avait l'intention de se rendre en Allemagne en décembre 2009 pour recevoir un prix décerné aux défenseurs des droits de l'Homme mais n'a pas pu s'y rendre à cause du refus de permission du gouvernement israélien.

Rien d'illégal

Dans une conversation téléphonique avec l'agence IPS, peu avant son arrestation, Abu Rahme a déclaré que les soldats israéliens ont régulièrement envahi sa maison. «Je ne m'attendais pas à ça parce que j'ai toujours été transparent au sujet de mes actions contre l'occupation et je n'ai jamais rien fait d'illégal».

Les autorités israéliennes ont longtemps été contrariés par la résistance persistante contre la construction du mur à Bilin. Le sévère traitement des participants pendant les marches de protestation hebdomadaires ont déjà causé la mort ou gravement blessé de plusieurs militants palestiniens, des militants étrangers et des pacifistes israéliens.

L'armée israélienne les avait informés qu'elle cherchera à faire interdire les manifestations hebdomadaires en introduisant des recours devant les tribunaux. Abu Rahme est en outre accusé de sédition ou d'instigation à l'émeute.

Des dizaines d'arrestations

Abdallah Abu Rahme n'est pas le premier adversaire palestinien du mur qui rencontre des ennuis. Mohammed Othman de Jayyous, un village au nord de la Cisjordanie, a également été arrêté en septembre de l'année dernière et n'a été libéré que la semaine dernière. Othman est également impliqué dans la lutte contre le mur. Comme dans le cas des champs de Bilin, le village de Jayyous a perdu des territoires. Un tribunal israélien a également décrété que le mur devait suivre un tracé différent à Jayyous.

L'an dernier, Othman s'est rendu en Norvège dans le but de parler à de hauts fonctionnaires. Suite à ses discussion, les gestionnaires du fonds de pension norvégien ont vendu la totalité de leurs investissements dans la société Elbit, un fournisseur de l'armée israélienne, qui vend des systèmes de sécurité pour le mur et les colonies israéliennes.

Othman avait apparemment subi des mauvais traitements pendant sa détention et le gouvernement n'avait pas vraiment des éléments solides pour construire son réquisitoire, c'est la raison pour laquelle le militant palestinien a été gardé pendant tout ce temps en détention administrative.

Jamal Juma de Jérusalem, le coordinateur de la campagne « Arrêtez le Mur » a été arrêté le 16 décembre dernier pour être relâché la semaine dernière. D'après les militants de cette campagne contre le mur, plus d'une centaine d'opposants au mur ont été détenus pour des périodes courtes ou longues en 2009. En plus d'Abu Rahme, il existe aujourd'hui plusieurs autres militants qui sont toujours détenus pour s'être opposés à ce mur.

(FIN/IPS/2010)