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Des doutes sur les suicides de Guantanamo
Les trois prisonniers en question Salah Ahmed Al-Salami, Mani Shaman Al-
Utaybi et Yasser Talal al-Zahrani, sont décédés le 9 juin 2006.
Ladministration du Président américain George W. Bush a classé leurs morts
comme des suicides. La version officielle précisait que les détenus
s'étaient pendus.
Mais dans le dernier numéro du magazine américain Harpers Scott Horton
donne la parole à Joe Hickman un ancien sergent qui a travaillé à
Guantanamo. Ce militaire raconte que les trois prisonniers ont été amenés
peu avant leur mort dans un endroit isolé de la base. Le témoin suggère que
les trois détenus ont été violemment agressés dans cet endroit.
Scott Horton explique que le ministère de la Justice na pas suivi
totalement cette affaire. Cest aussi la déclaration de l'avocat Pardiss
Kebriaei du Center for Constitutional Rights (CCR) qui veut porter laffaire
devant les tribunaux au nom des victimes et de leurs familles. "Le ministère
de la Justice du Président Obama a tenté dempêcher que cette affaire soit
traitée devant la justice. Il est essentiel que toute l'histoire soit faite
sur les circonstances de la mort de mes clients afin de déterminer les
responsables et pour cela on doit passer en audience publique devant un juge
impartial. Plus de trois ans après leurs morts, il reste encore beaucoup de
lacunes et de nombreuses questions", estime Pardiss Kerbriaei.
Camp No
Selon Clara Gutteridge, experte sur les prisons secrètes pour lorganisation
londonienne des droits de lHomme Reprieve, l'article de Scott Horton prouve
que les histoires traumatisantes des détenus de Guantanamo sont exactes.
Reprieve avait déjà indiqué que, outre les infrastructures de la CIA, il y
avait un autre endroit secret sur la base navale, rappelle l'experte.
"Lendroit était en dehors de la prison principale et était connu des
prisonniers comme étant le lieu où on allait se faire casser", précise
Gutteridge. "Quand les témoignages de prisonniers seront enfin pris au
sérieux? Et quand les auteurs de ces crimes horribles devront faire face à
la justice?"
Selon Joe Hickman, la prison secrète était connue des gardiens de prison
sous le nom de code de "Camp no" ("Camp Non"), non comme "Non, il n'existe
pas". Les gardiens supposent que cest la CIA qui a effectivement utilisé ce
camp ultrasecret.
Camionnette
Hickman précise aussi lexistence dune camionnette qui entrait et sortait
de la zone centrale de la prison sans devoir subir l'inspection habituelle.
La nuit où les trois prisonniers sont morts, Hickman a vu le véhicule rouler
depuis leurs cellules vers Camp No. Hickman a vu le véhicule, qui ne pouvait
transporter qu'un seul prisonnier à la fois, faire trois fois le trajet
aller-retour. A son retour, le véhicule sest directement dirigé vers le
service médical. Peu de temps après Hickman a reçu l'ordre de transmettre un
nom de code à un officier. Lorsquil a remis ce code, lofficier a réagi
dans
la panique.
Le jour suivant après les faits, « linformation était connue de tous » dans
la prison que les trois hommes s'étaient suicidés en senfonçant une boule
dans la gorge. Le commandant du camp Michael Bumgarner a néanmoins raconté
aux gardes que les médias diront que les trois détenus sétaient pendus.
L'automne dernier, il y avait déjà des doutes à propos des trois "suicides"
suite à un rapport de la faculté de droit de Seton Hall University qui avait
relevé les incohérences dans l'affaire comme limpossibilité dune pendaison
après étouffement par la gorge.
George Brent Mickum IV, un avocat qui s'occupe des cas de Guantanamo,
rappelle quune centaine de prisonniers sont morts depuis 2006. "Parmi ces
cas, 36 ont été qualifiés de meurtres et un seul cas a vraiment été
poursuivi en justice. La raison probable de cette lenteur judiciaire est la
suivante : la CIA est responsable de ces crimes."
(FIN/IPS/2010)





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