Des blogs pour les femmes battues

"Un jour, j’ai reçu la visite de ma petite sœur et de son collègue de

travail. Pour mon mari, ce dernier était mon amant. Après leur visite, il

m’a battue et m’a menacée avec une arme blanche. Cela s’est répété plusieurs

fois jusqu’au jour où j’ai décidé de le quitter (…)", témoigne en substance

Hortense, sur le blog de l’Association femmes solidaires (AFS). Sur le même

site, Élise raconte aussi son histoire : "J’étais enceinte. À l’hôpital, le

test a révélé que j'étais séropositive. Quand mon compagnon a su que son

test était négatif, il a commencé à me maltraiter physiquement et

psychologiquement jusqu’à dévoiler mon statut. Cela a duré six mois, puis un

de mes frères m'a délivrée de lui (…)".

Sur Internet, ces victimes ont trouvé un soutien. "Si mon témoignage peut

aider d’autres Congolaises à parler de leurs problèmes (coups, injures, main

mise sur l'argent, Ndlr), cela ne peut que me réjouir", se félicite Élise.

De son côté, Hortense avoue avoir eu "un choc" la première fois qu'elle est

allée sur Internet : "Quand j’ai lu les témoignages, j’ai réalisé que je

n’étais pas la seule à être battue. J’encourage les femmes à créer leur

blog." "Ces aveux permettent aux visiteurs d’avoir une idée des violences

faites aux femmes et aident les victimes à dénoncer leurs partenaires et à

se sentir moins seules", résume Arlette Bakou, chargée de coopération

multilatérale au ministère de la Promotion et de l’Intégration de la femme

au développement.

Pour les associations spécialisées, cet espace de liberté a aussi son

utilité. "Cet outil permet de travailler en réseau avec des OSC et peut

servir de vitrine pour une association", explique Alain Ndalla, directeur au

ministère des Postes et des Télécommunications chargé des nouvelles

technologies. "J'entrevois la collaboration possible avec d’autres

associations : partage d’expérience, annonce de nos travaux et invitations a

participer à nos activités", précise Sylvie Mfoutou de l’Association pour

les droits de l’homme et l’univers carcéral.

"Espaces d’expression et de réflexion"

Vivienne Dzobo, de l’Agence régionale d’information et de prévention du

sida, est, elle, devenue fan de ce moyen de communication depuis un an

qu'elle met à jour le blog de cette association qui traite aussi des viols

conjugaux : "Je reçois des réactions et des suggestions. Des OSC viennent me

voir pour que je parle de leurs activités. Certaines femmes me demandent des

adresses de gens à contacter quand elles sont victimes de violences au sein

de leur foyer." Vivienne espère que ce blog "sera un miroir pour notre

structure, qu’il suscitera des partenariats et attirera des subventions pour

nos prochaines activités."

Même si le taux de fréquentation reste minime (à peu près une visite par

mois selon les blogs), on constate une volonté de maîtriser cet outil de la

part de certaines OSC congolaises. "Quand on est dans le bain, on reste

scotché pendant des heures à échanger et discuter sur un document. Ce

support permet de gagner du temps et d'échanger avec des internautes du

monde entier !", prêche Arlette, qui a son propre blog, mais reste lucide en

raison de la faible présence des Congolaises sur Internet.

Une préoccupation relayée par Sylvie Niombo, coordinatrice d’Azur

Développement : "Elles ne sont pas nombreuses à utiliser les blogs et se

limitent aux mails. Cet espace n’a pas encore la renommée qu’il mérite dans

les rangs des OSC. À cela s'ajoute le coût de la navigation, l’accès

difficile à Internet et les interminables coupures d’électricité." Sylvie

reste cependant optimiste, convaincue de l'utilité de "ces journaux en

ligne, espaces d’expression et de réflexion enrichissants."

(FIN/IPS/Infosud-Syfia-CRP)